La galerie Flak dans l’alignement des planètes

Artkhade

Paris, 7 mai 2019

/Julien Flak

Ouverte en 1990 au 8 de la rue des Beaux-Arts, la galerie Flak est devenue à partir du début des années 2000 l’une des adresses parisiennes majeures dans le domaine des arts premiers. La dernière exposition en date, autour du navigateur et découvreur au long cours James Cook, est encore venue confirmer ce statut d’expert, à travers la grande cohérence de ses choix esthétiques et historiques.

Collectionneurs d’art moderne, Edith et Roland Flak, les fondateurs de la galerie, sont venus tout naturellement à l’art africain, notamment dogon, dans le cadre de leur collection. Une première exposition de statuettes « ere ibeji », associées à la culture yorouba, que l’on retrouve essentiellement aujourd’hui au Nigeria, préfigurait, dès la fin des années 1990, l’orientation et la spécialisation de la galerie familiale.

« Quand on s’intéresse à l’art moderne, il est difficile de passer à côté de l’art africain », assure Julien Flak, qui a rejoint ses parents rue des Beaux-Arts en 2002, après s’être essayé à une carrière dans la publicité. Sous son influence, les arts primitifs ont rapidement pris une part prépondérante dans la galerie, pour finir par occuper entièrement les deux espaces d’exposition.

/Kachina figure, Hopi, Arizona, Carved by Hopi Chief Wilson Tawaquaptewa, Oraibi (1873-1960) Carved wood (cottonwood), natural pigments and feathers Circa 1930, Height: 14 3⁄4 in. (37.5 cm) © Galerie Flak

S’il était trop jeune pour assister à l’événement « Privitivisme » organisé au MoMA en 1984, le galeriste de 45 ans se souvient comme d’un acte fondateur, une sorte de déclic inconscient, la présentation de masques esquimaux aux côtés de dessins d’Henri Matisse dans le cadre de l'exposition "A visage découvert" à la Fondation Cartier quand il était ado. « J’ai toujours gardé ces images dans un coin de ma tête », indique le marchand d’art, qui reconnaît aussi avoir bénéficié, dans l’affirmation de sa vocation, d’un extraordinaire alignement de planètes, avec la vente Goldet en 2001, la vente Breton en 2003 et la mise en œuvre du projet de musée des arts et civilisations d’Afrique, d’Asie, d’Océanie et des Amériques au quai Branly. « Pour la place parisienne, les années 2000, c’était vraiment une période de bascule, l’entrée dans un nouveau secteur, avec des ventes conséquentes, des prix en hausse constante », se souvient-il encore.

/Seated figure Senufo, Ivory Coast, Carved wood, Early 20th century, Height: 15 in. (38 cm), Ex collection Roger Bédiat (1907-1958) Ex collection Lucien Van de Velde, Antwerp Ex collection Didier Claes, Brussels Ex private collection, Paris, Exhibition: « Grands antiquaires et libraires », Claes, Brussels, 2007, Publication: « Empreintes d’Afrique », 5 continents, 2011, plate 87 page 276 © Galerie Flak, Photo : © Hughes Dubois

Nourri dans sa jeunesse aux livres d’artistes abstraits des années 1950 et des surréalistes, Julien Flak a complété ses connaissances dans le domaine des arts, et en particulier des arts premiers, à l’école du Louvre. Après sa première grande exposition – et la publication d’un livre référence – consacrée, en 2003, aux kachinas, ces esprits mythologiques vénérés par plusieurs tribus amérindiennes, le galeriste parisien n’a cessé de se spécialiser dans les arts d’Amérique du Nord et les arts d’Océanie, domaines pour lesquels il est agréé par la Chambre européenne des experts conseils en œuvres d’art (CECOA).

« On apprend aussi beaucoup des collectionneurs eux-mêmes, c’est un milieu de passionnés, une niche où, même s’il est difficile d’établir un profil type, l’acheteur spéculateur est bien moins représenté que dans l’art contemporain », précise ledit expert, amené à se rendre régulièrement aux quatre coins de l’Europe, aux États-Unis et jusqu’en Australie pour rencontrer ses clients, en quête, par-delà l’esthétique, d’authenticité historique, de retour aux origines, voire d’une certaine dimension magique, tant les œuvres d’art tribal sont souvent liés à des pratiques religieuses séculaires ou millénaires… « La prise en main de l’objet, son appréhension dans ses trois dimensions, est également fondamentale », insiste le galeriste qui, dans son activité d’achat et de vente, avoue avoir un « faible » pour les objets ayant appartenu à André Breton.

/Wahaika hand club Maori, New Zealand, Polynesia Late 18th century, Height: 17 1⁄2 in, Ex collection James Hooper (#H. 222) Ex Christie's, London 1977, Lot 77 Ex collection Leo and Lillian Fortess, Honolulu By descent, Published: Art and Artefacts of the Pacific, the James Hooper collection, Stephen Phelps, page 56 # 222, Hutchinson, London 1975 © Galerie Flak, Photo : © D. Voirin

Après le Madison Ancient and Tribal Art (MATA) à New York début-mai, le Bourgogne Tribal Show à côté de Cluny à la fin du mois et un Jeudi des Beaux-Arts spécial art africain le 6 juin à Paris, Julien Flak va s’offrir des vacances estivales dans le Pacifique. Sur les traces de Cook, il doit in fine rallier l’île de Pâques. Un voyage d’agrément, où il devrait quand même être question d’imprégnation.

Galerie Flak 8 Rue des Beaux Arts, 75006 Paris

http://www.galerieflak.com

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