3 questions à… Alain de Monbrison

Artkhade avec Art Media Agency

Paris, 3 septembre 2017

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  • Quelle est, selon vous, la qualité majeure de la collection Barbier-Mueller ?

A.d.M. : C’est d’abord le fait d’avoir constitué des ensembles très cohérents d’objets, aussi précieux que simples. Je pense notamment aux bronzes archéologiques de la civilisation des Dông Son au Vietnam, mais aussi aux sièges africains, un legs de Josef Mueller que Jean Paul Barbier-Mueller s’est attaché à compléter. C’est aussi une collection universelle qui rassemble aussi bien des objets d’Afrique que d’Océanie, ou encore d’Indonésie. Sans compter son ensemble d’art précolombien qui s’est imposé comme une référence. Elle est également exceptionnelle par la rareté de certaines pièces, référencées nulle part ailleurs… et par la beauté qui unit tous les objets.

  • En quoi Jean Paul Barbier-Mueller fut-il un très grand collectionneur ?

A.d.M. : Son œil, si particulier et si juste… et sa grande érudition. Jean Paul Barbier-Mueller était un homme de culture qui ne laissait rien au hasard. Quand il commençait une collection, il s’y investissait entièrement. Il étudiait tous les objets, consultait les meilleurs ethnologues et historiens. Il avait aussi un flair incroyable, hérité de Josef Mueller. C’est comme cela qu’il s’est intéressé à l’art océanien, au moment où certains musées allemands ou hongrois se séparaient d’une partie de leurs collections. Il a tout de suite compris qu’il fallait les acheter. Même chose avec les objets d’Indonésie, encore peu connus à l’époque en Europe. Barbier-Mueller avait une longueur d’avance sur le marché, mais cela n’était pas sa préoccupation : il achetait avant tout par plaisir.

  • Peut-on aujourd’hui encore collectionner à la manière d’un encyclopédiste ?

A.d.M. : Oui, je le crois. C’est vrai que ces 30 dernières années, les prix de l’art tribal se sont envolés. L’ouverture du musée Dapper, au milieu des années 1980, puis celle du Musée du quai Branly, ont suscité un regain d’intérêt pour ces objets. De nouveaux collectionneurs plus fortunés se sont intéressés à ce marché de niche. Toutefois, nous sommes encore très loin d’atteindre les sommets de la peinture. Les pièces du Gabon et du Congo font toujours partie des œuvres les plus recherchées, donc forcément les plus chères. Mais quelle que soit la région ou l’ethnie, c’est avant tout l’objet « exceptionnel » qui attire les acheteurs aujourd’hui. Surtout, il est possible d’acquérir de très beaux objets pas encore à la mode à des prix tout à fait raisonnables. Jean Paul Barbier-Mueller l’a d’ailleurs toujours dit, lui qui commentait si souvent les ventes publiques de l’année dans sa revue Arts & Cultures. Se spécialiser sur une ethnie ou un thème, c’est à mon avis se priver d’une quantité d’objets intéressants.

Alain de Monbrison est marchand en arts primitifs, membre du Syndicat National des Antiquaires. Il est expert auprès du Syndicat Français des Experts Professionnels en œuvres d’art et objets de collection.

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