Une collection d’art multimillénaire

Artkhade avec Art Media Agency

Paris, 6 septembre 2016

Christie's

À l’occasion de Parcours des Mondes, le jeune collectionneur Inti Ligabue dresse le portrait de l’un des plus importants ensembles d’art italiens, allant de la préhistoire aux tableaux modernes, en passant par l’art tribal. Inventaire.

Inti Ligabue, trente-cinq ans, a été nommé président d’honneur de la 15e édition du Parcours des Mondes, qui réunit à Paris cette année 80 galeries internationales d’arts premiers et asiatiques, du 6 au 11 septembre. Inti est le fils de Giancarlo Ligabue, décédé en 2015, grand archéologue et paléontologue italien, collectionneur, mais aussi figure politique et homme d’affaires, à la tête de Gruppo Ligabue, une entreprise familiale centenaire de fret alimentaire et de services, qui irrigue tous les continents. Cette éminente figure publique italienne a laissé un héritage sans pareil, qui comprend une extraordinaire collection d’art multimillénaire. Pour poursuivre l’aventure de son père, Inti Ligabue a créé en janvier dernier une fondation implantée à Venise autour des activités de recherche de son père et de sa collection.

  • Vous êtes cette année président d’honneur du Parcours des Mondes. Comment se situe cet événement d’un point de vue international ?

I. L. : Cette manifestation est sans aucun doute l’un des rendez-vous les plus importants à l’international pour le marché de l’art tribal et les collectionneurs. Il réunit ainsi des galeries prestigieuses venues du monde entier. C’est une chance pour échanger, entre spécialistes et passionnés, nos visions et notre connaissance de cet art. Je suis heureux d’avoir été désigné comme président d’honneur de ce Parcours des Monde et c’est un bel hommage à l’œuvre de mon père, qui a constitué avec ardeur sa collection pendant plus de quarante ans.

  • Quel est le cœur de votre collection ?

I. L. : En terme de nombre d’œuvres, la collection présente une majorité de pièces de l’art précolombien. En terme d’intérêt culturel et historique, elle se distingue particulièrement par ses pièces d’art tribal et de l’antiquité. Mais nous avons également beaucoup de dessins anciens, de Giambattista Tiepolo à Véronèse ou encore Leonard De Vinci. La collection est constituée aussi de pièces de la préhistoire. Mon père était un collectionneur éclectique. Il était toujours guidé dans la constitution de sa collection par sa recherche sur les fondements de l’humanité.

  • En tant que directeur général de Gruppo Ligabue, comment conciliez-vous votre travail avec la poursuite de votre collection ?

I. L. : Collectionner est une passion et je peux difficilement m’arrêter d’aller toujours plus loin et d’explorer toujours plus les cultures. La société que je dirige est implantée dans quatorze pays et je suis régulièrement amené à voyager en Europe, au Moyen-Orient, en Afrique et en Amérique latine. J’en profite toujours pour visiter les musées, les galeries et les expositions, et je suis toujours attentif à la manière dont les autochtones présentent leur art.

  • Avez-vous fait l’acquisition d’œuvres ces dernières années ?

I. L. : Oh oui ! Je suis un collectionneur enthousiaste, peut-être même parfois excessif ! Ces deux dernières années, j’ai acheté plus de vingt pièces. Je suis particulièrement fier d’avoir acquis une magnifique œuvre fang du Cameroun, mais aussi la tête d’une Vénus romaine du IIe siècle.

  • Est-ce que vous vous intéressez également à l’art contemporain ?

I. L. : Ce que j’aime dans les œuvres des arts premiers et les peintures anciennes, c’est l’évidence historique et spirituelle qu’elles présentent, tandis que l’art contemporain est plus intuitif. Il est vrai que je m’intéresse à l’art moderne. La collection inclut des œuvres de Fortunato Depero, Lucio Fontana, Zoran Mušič, Tancredi ou encore Emilio Vedova.

  • Quel est le rôle de la fondation Giancarlo Ligabue ?

I. L. : J’ai créé la fondation à Venise l’an dernier. Elle poursuit les activités du centre de recherche créé par mon père il y a quarante ans, qui organisait des expéditions d’archéologie, d’anthropologie et de paléontologie. Le but de cette fondation est de gérer la collection, de la conserver, d’organiser des expositions et d’encourager les publications et recherches d’universitaires. Nous publions aussi un magazine semestriel.

  • Vous avez dédicacé à votre père l’exposition “The World That Wasn’t There: Pre-Columbian Art in the Ligabue Collection”, au Musée national d’archéologie, à Florence. Votre père avait-il une prédilection pour l’art précolombien ?

I. L. : Mon père s’intéressait particulièrement aux périodes des Chavin et des Teotihuacan, mais toutes les cultures de l’Amérique centrale à l’Amérique du sud étaient représentées dans cette exposition, grâce également aux prêts de collectionneurs et de musées, en particulier du Palazzo Pitti. L’exposition a eu un succès retentissant. Près de 35 000 personnes ont visité l’exposition.

  • Quel type de film produisez-vous grâce à la Fondation ?

I. L. : Nous possédons des films relatant des expéditions, qui datent de plusieurs décennies, et nous coopérons avec plusieurs universités italiennes pour conserver et archiver ce que mon père nous a légué. La plupart de ces films sont uniques et portent sur des tribus qui n’existent plus.

  • Vous concédez des prêts à des musées ?

I. L. : Nous prêtons actuellement près de 2 000 objets de diverses périodes à quatre musées italiens, dont le Musée d’archéologie de Venise, le Museo Di Fiera di Primiero et le Museo Pigorini. Le Musée d’histoire naturelle de Venise présente également une galerie dédiée à la collection Ligabue, avec le grand dinosaure Ouanosaurus nigeriensis datant de 60 millions d’années.

  • Vous préparez d’autres expositions ?

I. L. : Nous allons montrer à nouveau l’exposition “The World That Wasn’t There” au MART à Rovereto en octobre prochain. En janvier, à la bibliothèque historique du Palazzo Loredan à Venise, nous organisons l’exposition “Prima del alphabet”, autour de la Mésopotamie. Cette exposition embrassera toutes les formes de communication avant l’apparition de l’écriture. Nous prévoyons déjà, pour 2018, de réaliser plusieurs expositions d’art premier et de dessins de Tiepolo.

Zoom

La fondation Giancarlo Ligabue a été créée en janvier 2016 à Venise par Inti Lagabue. Elle couvre les activités de recherche en archéologie, anthropologie, paléontologie, sciences naturelles, arts figuratifs… avec des événements ouverts au public, expositions, conférences, congrès, publications… La fondation est également active dans les domaines de la restauration d’œuvres et de la philanthropie. Elle organise des prix et propose des bourses. Son comité scientifique se compose des plus grands spécialistes, internationalement reconnus, notamment les Français Philippe Taquet, paléontologue et ancien directeur du Museum d’histoire naturelle en France, et André Delpuech, conservateur en chef au musée du quai Branly, spécialiste de la préhistoire et de la culture amérindienne.

Fondation Giancarlo Ligabue. San Marco, 3319 – 30124 Venise, Italie. www.fondazioneligabue.it

Mémo

Parcours des Mondes est le plus important salon d’arts premiers international par le nombre, la qualité et la diversité de ses participants. Depuis 2002, il rassemble chaque année à Paris une soixantaine de galeristes spécialisés dans les arts d’Afrique, d’Asie, d’Océanie, des Amériques et en archéologie. Cette concentration d’œuvres et d’experts prend la forme d’un salon ouvert en accès libre. Le succès de ce salon hors-les-murs tient à la conjonction de la bonne santé du marché des arts premiers, de l’engouement croissant des amateurs pour ces arts dits “lointains” eu des efforts engagés par les marchands pour proposer des expositions thématiques de haute qualité.

Parcours des Mondes. Du mardi 6 au dimanche 11 septembre, quartier des Beaux-Arts et Saint-Germain-des-Prés, Paris VIe.

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