Bourgogne Tribal Show 2017

Artkhade avec Gus Adler & Filles

Besanceuil, 14 mars 2017

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Jean-François Schmitt est amateur d'art et collectionneur. Il est Ami du musée du Quai Branly - Jacques Chirac et membre du cercle Lévi-Strauss.

Anthony Meyer est marchand et auteur spécialisé dans les arts anciens et traditionnels des cultures du Pacifique et des cultures esquimaudes. Il dirige la galerie Meyer – Oceanic Art à Paris et a fondé, avec Laurent Dodier, Bruno Frey, Jacques Lebrat et Bruno Mory, le Bourgogne Tribal Show.

Pour sa 2e édition, le Bourgogne Tribal Show ouvrira ses portes à Besanceuil du 25 au 28 mai 2017. Vous avez participé tous deux à la première édition de la foire, l’un en tant que marchand, l’autre comme collectionneur. Pouvez-vous nous faire part de cette expérience ?

Jean-François Schmitt : Je retiens de cette première édition le plaisir de voir de l’art tribal dans un cadre inhabituel. L’ambiance, plus informelle et conviviale, était très différente des autres foires. Son emplacement en région bourguignonne invitait à rester plusieurs jours sur place pour découvrir les patrimoines environnants comme les églises romanes ou les vignobles.

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Par ailleurs, j’ai trouvé au Bourgogne Tribal Show une offre culturelle très intéressante, semblable à celle à laquelle je suis habitué. En effet vivant à Paris, j’ai facilement accès à une offre importante d’art tribal.

Pour les novices ou les amateurs d'autres domaines de l'art, la foire constituait certainement une découverte. Certains visiteurs n’étaient pas forcément des connaisseurs mais ont eu, à travers le Bourgogne Tribal Show, l’occasion de découvrir de nouvelles choses. Qui sait, la foire a peut-être même suscité des vocations ! C’est en tout cas sur cet aspect que cet événement prend tout son sens : il attire une nouvelle clientèle et de nouveaux amateurs. Pour l’anecdote, j’avais invité à l’occasion de la foire un groupe d’amis à venir visiter la région. Nous avons notamment rendu visite à Jean Girel, un céramiste de grand talent, à qui nous avons parlé du Bourgogne Tribal Show. Ce dernier ne connaissait pas la foire mais il s’y est rendu et en est reparti avec un objet sous le bras. Je pense que cet événement a été très positif car il a permis de créer du lien et a suscité de nouveaux intérêts !

Anthony Meyer : Pour un Parisien habitué aux cercles de marchands et de collectionneurs de Saint-Germain-des-Prés ou au musée du quai Branly – Jacques Chirac, le Bourgogne Tribal Show offre une expérience culturelle renouvelée : les marchands se partagent des espaces ouverts, dans une atmosphère propice à la discussion et à l'échange, loin de la pression des grands rendez-vous de Paris, Bruxelles, Maastricht ou Londres. En outre, la foire a été consciencieusement pensée et organisée, en Bourgogne, pour permettre d’ouvrir une brèche dans ce que l’on peut appeler le mur parisien. Les marchands fondateurs avaient tous envie de secouer l’arbre pour faire tomber les fruits différemment, si je puis dire. Comme Jean-François l’a fait remarquer, outre les visiteurs avertis venus de Paris, Londres ou Bruxelles, la foire a attiré de nouveaux publics, qui parfois ne connaissaient ni l’événement auquel ils assistaient, ni l’art tribal en général. Nous ne nous attendions pas à recevoir tant de visiteurs ! Ce succès est en tout cas signe que nous avons réussi à intriguer tant les néophytes que les amateurs, les collectionneurs et les marchands. Le Bourgogne Tribal Show a été un véritable moment fédérateur, qui a suscité de la curiosité.

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En quoi cette foire est-elle tout à la fois importante, différente et complémentaire, que ce soit pour les marchands comme pour les collectionneurs ? Comment le Bourgogne Tribal Show s’inscrit-il dans le paysage des foires internationales ?

J-F. S. : Cette foire est différente par sa localisation et novatrice dans sa mission de susciter un nouvel intérêt pour les arts premiers en province. Le Bourgogne Tribal Show a à cœur de s'adresser aussi aux publics qui ne connaissent pas ou peu les arts et civilisations extra-européens. Cette foire ne se tient pas dans un lieu habituel mais dans une région de haute culture, en dehors des circuits traditionnels. Le fait que cet événement se déroule en Bourgogne est historiquement intéressant car cette région a toujours été un lieu de passage. Toutes les cultures européennes s’y sont rencontrées et ont fait la richesse de cette province et de ce royaume. Il y a une certaine universalité dans la Bourgogne, et on la retrouve curieusement perpétuée avec cette foire d’art tribal.

A. M.: Nous avons choisi cet emplacement, Besanceuil, car nous connaissions Bruno Mory – qui nous accueille dans sa propriété – mais également parce que la Bourgogne se situe à proximité d’un vivier de collectionneurs. En effet, il existe depuis près de trente ans – et sans doute plus – une clientèle remarquable en région.

Nos collègues marchands en province mènent un extraordinaire travail, mais sont dispersés sur le territoire et peu nombreux. La clientèle en province a peut-être aussi moins facilement accès aux musées, galeries et expositions. Le Bourgogne Tribal Show est donc complémentaire des autres foires internationales, car il ne s’agit pas d’un énième salon dans une ville avec une forte offre culturelle. La foire est ainsi novatrice car elle a réussi le pari de créer un nouveau pôle d’intérêt et de concentration en France, en dehors des grandes villes.

L’innovation transparaît aussi dans la sélection des marchands exposants, basée sur des critères de convivialité, plutôt qu’une soi-disant importance des galeries sur le marché. Le Bourgogne Tribal Show innove aussi en offrant à de jeunes marchands la possibilité d’être au contact de marchands plus expérimentés. Les exposants sont répartis en binômes ou trinômes pour permettre à tout le monde, marchands parisiens, de province ou internationaux, de se retrouver dans un contexte agréable. La concurrence s'efface au profit de la complémentarité.

J-F. S.: L’un des corollaires de la politique d’ouverture de la foire – tant vers un public nouveau que vers des galeries plus confidentielles – est une large gamme de prix. Certes, viennent aussi les collectionneurs intéressés par les pièces rares et coûteuses présentées par les marchands, mais la foire souhaite proposer aux nouveaux accédants à l’art tribal, des objets intéressants, authentiques, à des prix accessibles, notamment pour des débutants. Cela constitue la vraie originalité de cette foire et ça fait du bien. Il ne s’agit pas ici de créer un cénacle de personnes averties qui connaissent tout et ont tout vu. La foire se veut davantage ouverte à tout un chacun.

A. M.: L’unique prétention de la foire est d’exister et d’être ouverte à tous, à un niveau de qualité assuré. Chacun peut y trouver chaussure à son pied, quelque soit son goût ou ses moyens.

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Pouvez-vous nous parler des nouveautés de cette deuxième édition?

A. M.: L’édition 2017 du Bourgogne Tribal Show comprendra plusieurs nouveautés.

La liste des exposants s’allonge : elle reste fortement internationale – avec l’arrivée de nouveaux marchands, tels David Serra et Jonathan Hope –, ouverte aux jeunes marchands – avec la venue de Charles-Wesley Hourdé – et aux marchands basés en province – avec l'entrée en scène de Patrice Brémond. Autre nouveauté avec l’arrivée de l’Asie dite classique au Bourgogne Tribal Show, grâce à la présence appréciée de Jean-Christophe Charbonnier, spécialiste des arts et armures du Japon, et de Michael Woerner, qui s’intéresse à l’art de l’Asie du Sud, dont l’art archaïque khmer. La foire sort ainsi de l’univers habituel de l’art primitif, et entre dans une nouvelle ère de son développement.

L'espace des partenaires est renforcé pour inciter le public à prolonger sa visite en découvrant les différentes facettes du monde de l'art primitif : nos formidable assureurs, APPIA, Artkhade, les Amis du musée africain de Lyon, le socleur Romain Laforêt, le restaurateur d'œuvres d'art Serge Dubuc et tant d’autres. Nous accueillerons également, toujours autour de Julien Guillot et Bruno Goyard, de nouveaux vignerons qui viendront faire déguster leurs vins au public.

Gus Adler & Filles – en charge de l’organisation de l’événement – propose cette année encore une exposition à l’abbaye de Cluny, qui accueillera dans son espace du Farinier une sélection thématique d’œuvres tribales prêtées par les marchands participants. Que pensez-vous de cet ancrage des arts et civilisations extra-européens dans ce haut lieu du patrimoine ? Pensez-vous qu’ainsi un plus large public peut avoir accès à ces formes d’art encore trop peu connues ?

J-F. S.: J’ai trouvé cette exposition remarquable car il s’y opérait un mariage harmonieux entre l’art roman des chapiteaux présents dans le Farinier et les œuvres d’art tribal exposées. Une cohérence se dégageait de l’ensemble et dépassait les frontières. Le Farinier est un lieu d’exposition magique au sein de l’abbaye de Cluny et j’ai hâte d’y retourner pour découvrir la prochaine présentation d’œuvres tribales.

A. M.: Pour ma part, j’ai été impressionné par le nombre de personnes qui sont venues au Farinier en parallèle de la foire l’année dernière, et par les très bons retours qui me sont parvenus. Avec cette exposition, le Bourgogne Tribal Show a tissé un lien fort avec l’abbaye de Cluny, autorisant des points de contacts privilégiés entre art tribal et patrimoine historique. En 2017, l’exposition sera dédiée au thème de l’enfance et permettra une nouvelle fois, nous l’espérons, de fédérer un large public autour de ces œuvres venues d’ailleurs.

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Enfin, que souhaiteriez-vous dire aux futurs visiteurs du Bourgogne Tribal Show?

J-F. S.: Venez voir quelque chose d’étonnant. Familiarisez-vous avec cet art tribal qui peut-être vous est étranger, mais que vous pouvez découvrir sans a priori ni préjugés au Bourgogne Tribal Show ! Profitez également de cette occasion pour découvrir la région et ses trésors.

A. M.: J’ai envie d’ajouter : venez l’esprit ouvert, tels que vous êtes ! Prenez le temps de découvrir cette foire et profitez de la convivialité qu’elle offre. Le Bourgogne Tribal Show est un véritable moment de rencontre entre marchands, collectionneurs et visiteurs. Venez également découvrir le travail que Bruno Mory, notre hôte, réalise à Besanceuil depuis vingt-cinq ans, avec la création d’un lieu d’exposition remarquable et magique autour de l’art contemporain et moderne.

Maëlle Conan

Plus d'informations sur le site : http://www.bourgognetribalshow.com/

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